The Square : un moment de grâce

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Le marketing de l’art

The Square de Rüben Ostlund, Palme d’or à Cannes cette année, raconte l’histoire de Christian, directeur de musée à Stockholm à qui tout semble réussir jusqu’à ce qu’une banale histoire de vol ne le menace d’un chaos … D’une quarantaine d’années, séduisant, aisé, tout va très bien pour Christian lors de son discours inaugural pour l’exposition intitulée « The Square » où il est écouté par une assemblée charmée. 

Comme beaucoup de films qui font dire au personnage central plusieurs discours devant un public, non loin se profile un discours politique, sinon une réflexion. L’intelligence du scénario est de dérouler ce message politique dans le milieu de l’art en y imbriquant plusieurs performances, dérangeantes, provocantes, et le destin de Christian. Double du réalisateur, il est l’instigateur de l’oeuvre d’art au même titre qu’un film, mais finit par oublier qu’il en est responsable aussi en tant qu’acte politique. Son destin se joue ici.

Critique de Rüben Ostlund du marketing de l’art, la vidéo censée promouvoir l’exposition tend à nous questionner avec des images frontales, non plus à travers l’écran d’ordinateur ou de son portable mais sur un grand écran de cinéma. D’autres films en ont eu l’idée certes. Ici la séquence est habilement amenée puisque d’abord mimée par les marketers de manière ridicule, l’image crue est autrement plus choquante.

Si la salle a un peu rit, c’est que nous, spectateurs, avons bien assimilé le caractère « fake » des images Youtube ou au contraire leur extrême cruauté banalisée. Où en sommes-nous de notre civilisation ? En tout cas, les images Youtube nous le posent tout autant que la performance artistique dans l’espace d’un diner mondain du monde de l’art. Jusqu’où allons-nous accepter ces représentations faussement réelles, réellement fausses qui excitent notre regard toute la journée sur internet ou au contraire nous poussent à la révolte, au pugilat, à l’émeute, à la violence collective alors même que ces représentations semblent être du théâtre ? Ce sont ces images et bel et bien cette mise en scène permanente qui font de nous des animaux. Tel est le propos, à mon avis, du film de Rüben Ostlund. Ce sont ces images et cette croyance aveugle dans nos représentations qui nous poussent à devenir si cruels entre nous. C’est donc un geste politique fort du réalisateur suédois dans un moment où l’art doit questionner ces images du quotidien et la réception d’une oeuvre de fiction dans l’espace public.

Subtile mélange d’allégories et de métaphores, le film ne cesse en effet d’interroger notre rapport à l’animalité. La frontière est poreuse entre l’envie de faire le bien et le mal chez Christian.

Mais alors, réfléchir sur les images, le bien et le mal sans évoquer une seule fois la religion, n’est-ce pas un beau pari philosophique pour un film ?

L’Homme blanc occidental transpercé par ses contradictions

Dans ces temps de réflexion sur la place des femmes dans la société, Christian n’aurait-il pas dû être une femme ? Pas vraiment puisqu’il est question, aussi, de confronter le personnage au pouvoir qu’il a, qu’il s’arroge ou qu’on lui arrache. Oui, la caméra est toujours posée où il faut pour montrer l’exercice du pouvoir. Plusieurs séquences sont virtuoses et rendent tout à la fois le spectateur actif, sans le provoquer gratuitement. Il y a parfois même de la légèreté pour que cette réflexion l’élève et le pousse, peut-être, à agir différemment. Là encore la politique du film fait son chemin puisque le personnage n’agit pas de manière platement manichéenne. Christian incarne l’Homme blanc occidental transpercé par ses contradictions. On en rit pourtant au tout au long du film, puis on est sidéré de la barbarie, puis on devient témoin de sa bonne grâce, sans que le scénario en devienne absurde. Sauver une femme de l’agression, quel merveilleux miracle en nos temps difficiles ! Et pourtant ne sommes-nous pas bien ridicules devant nos comportements narcissiques ? Miracle enfin du jeu d’acteur de Claes Bang de passer d’une situation à une autre, d’en incarner la contradiction absolue face à des sujets ontologiquement variés.

Ce film est en cela un grand film puisqu’on peut imaginer qu’il va susciter la réflexion de plusieurs disciplines : les arts, la sociologie, la philosophie et l’Histoire.

Miroir de son époque, film sur la civilisation, The Square nous parle avec profondeur et quelquefois la légèreté d’un optimisme. Le ton, le style de Rüben Ostlund est toujours finement sociologue. Il a la magie de le faire avec un langage cinématographique virtuose sans être démonstratif. Christian est ainsi, l’Homme est ainsi. Les rêves d’altruisme sont-ils utopiques ? En tout cas, le film nous parle, le film est discours, et il invite à voir par soi-même.

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