« Elle » et « Ma Loute » : deux scénarios d’une même époque

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Tous deux sélectionnés à Cannes cette année, « Ma Loute » de Bruno Dumont et « Elle » de Paul Verhoeven dévoilent une manière de voir le monde limpide et réaffirment chez leurs cinéastes des styles tout à fait uniques.

En allant voir, avec quelques jours d’intervalle, « Ma Loute » de Bruno Dumont puis « Elle » de Paul Verhoeven vous me demanderez sans doute ce qui rapproche ces deux films. La photographie : pas du tout. La mise en scène : encore moins. Et pourtant, au coeur de leurs scénarios et de leurs personnages, on décèle une même noirceur, une même violence qui disent quelque chose de notre monde.

Des familles dysfonctionnelles

Incarnées par des castings somptueux, convoquant de grandes figures du cinéma français : Juliette Binoche, Fabrice Lucchini, Valeria Bruni-Tedeschi et des visages inconnus qui imprègnent notre mémoire de spectateur bien après la séance, tout autant qu’ils s’associent à des personnages fous, meurtriers, embourbés dans l’impossibilité de s’en sortir.

Je sors de ces deux films dérangée, secouée : leurs héros sont à la fois laids et magnifiques. On décèle même une caractéristique chez les personnages souvent absente dans le cinéma d’auteur contemporain : l’idiotie, la bêtise, le grotesque. Que disent-ils à nouveau de notre époque ? 

Pourtant, Bruno Dumont parvient toujours à nous emmener vers la poésie et le beau alors même qu’on côtoie le sordide.

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Le malaise maîtrisé

À commencer par le décor : ces immenses plages et marais de la baie de Slack sublimés par le chef opérateur Guillaume Deffontaines. Les gros plans des jeunes amoureux, Ma Loute et Billy, perdurent, grandioses. La laideur et la beauté s’y rencontrent dans la pulsion du désir. Je retrouve un Bruno Dumont poète tandis que le film me fait penser à une pièce de Beckett, avec ses situations absurdes et ses personnages burlesques aux gueules étranges.

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Quant au film de Paul Verhoeven, la tension côtoie le quotidien et l’intime, rejouant la scène du viol tant de fois que l’on reste crispé sur son fauteuil. Les répliques fusent, les situations transgressent, nous questionnant face à une certaine idée de morale.

Je lisais récemment un entretien de Catherine Deneuve par Arnaud Desplechin qui mettait en avant le caractère transgressif de l’actrice à travers sa filmographie. On trouve chez Isabelle Huppert une transgression du même ordre alors qu’à chaque film, elle va de plus en plus loin dans l’incarnation d’une violence qui se retourne contre elle-même. Un mot me vient à l’esprit, « masochisme », bien trop simpliste pour dire tout ce qu’elle raconte en un seul regard puis dans la seconde d’après. Elle prouve encore une fois combien elle demeure une grande actrice pour de grands cinéastes.

#TimeToEnjoy 2

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